Argentière : Alpinisme glaciaire

Juin 2003 : Je retourne à Argentière pour une semaine au Centre Ucpa... Je rêve de glaciers, je vais pouvoir en profiter chaque jour en altitude !
Argentière est le point de départ idéal vers les glaciers du massif du Mont Blanc... De la Mer de Glace, à la Vallée Blanche, en passant par le glacier d'Argentière et l'Aiguille Verte... le panorama est superbe !
Lundi : Départ pour la Mer de Glace. Cette fois-ci, je ne la verrai pas seulement d'en haut... Après avoir emprunté le train du Montenvers, en partant de Chamonix, c'est parti pour l'aventure... Nous prenons un petit sentier qui longe le glacier et s'arrête soudain au bord de la falaise. C'est là qu'on descend ! On aperçoit en contrebas une échelle métallique... pas de câble pour s'assurer... seulement nos doigts pour serrer bien fort les barreaux pour 200 m de descente vertigineuse. Tout en bas, on aperçoit de petits points noirs... ce sont les alpinistes qui sont déjà sur le glacier ! A vrai dire, c'est très effrayant, et ce sera pour moi, une expérience difficile !!! Une bonne dose d'adrénaline !!! Et beaucoup de courage...La Mer de Glace, elle se mérite !
Tous les deux ou trois ans les échelles sont déplacées selon les mouvements du glacier et l'état de la paroi peu stable.
Enfin, nous arrivons en bas ! soulagés... et hop, pas de répit, on met les crampons, on agrippe le piolet, on s'encorde...Le casque était déjà sur la tête pour la descente... C'est parti pour une petite marche afin de remonter le glacier. C'est bien de la glace ! On ne pourrait pas tenir sans crampons, c'est rugueux, coupant... Selon les endroits la glace est bleue, transparente, blanche ou marron, couverte de cailloux ou de rochers immenses. c'est un vrai dédale de crevasses plus ou moins gigantesques, des falaises de glace hautes comme des immeubles... bref, c'est très chaotique, on ne peut pas imaginer un terrain aussi accidenté, quand on la regarde depuis le promontoire 200 m plus haut.
 Nous passerons la matinée à faire des exercices d'équilibre. Courir sur la glace, sauter des crevasses plus ou moins larges, marcher face à la pente ou sur le côté, descendre des plaques de glace... On sera content de faire une pause pour le déjeuner... oui, mais déjeuner sur un glacier...ça veut dire s'asseoir sur de gros cailloux pas toujours plats pour éviter de se retrouver directement sur la glace... donc ce n'est pas du tout confortable ! et on passe une partie du pique-nique debout !
Après-midi escalade sur glace... Très physique, instable, il faut vraiment cramponner très fort pour tenir sur la paroi... Mais c'est très agréable d'arriver en haut en plantant le piolet de la victoire !
Après cette longue journée bien remplie... rien de tel que 200 m de falaise à remonter par les échelles, pour arriver en haut les cuisses tétanisées ! Cela me vaudra des courbatures mémorables pour les jours suivants !
Mardi : Départ vers le glacier du Tour et le refuge Albert 1er (2709 m). Il fait gris aujourd'hui...Nous démarrons la montée sans savoir jusqu'où nous pourrons aller. Ce matin j'ai changé de chaussures d'alpinisme, la maléole est très douloureuse... Le sentier est étroit, à flanc de montagne, il faut être vigilant. Le guide nous le rappelle selon la formule appropriée "si tu tombes c'est la chute, si tu chutes, c'est la tombe" ... quel humour ! Mais c'est efficace, on est prudent !
Nous arrivons au refuge sous la pluie, il fait froid, humide... Nous pique-niquons à l'intérieur, histoire d'essayer de se réchauffer... Quand nous nous sentons moralement prêts à sortir, nous reprenons nos affaires égouttées à l'entrée du refuge... et toujours mouillées ! Nous ferons quelques pas dans la neige aux abords du glacier, mais le temps est trop mauvais, nous redescendons sous la pluie par le sentier boueux. Pas de glacier aujourd'hui !

Mercredi : Nous partons en voiture pour Chamonix où nous prenons le téléphérique de l'Aiguille du Midi qui nous emmène jusqu'à 3800 m d'altitude. De là, nous prenons la télécabine qui traverse la Vallée Blanche... Très impressionnant, c'est silencieux et on est suspendu dans le vide... La vue est incroyable !!!
Nous traversons tout le glacier pour arriver au refuge Torino (3462 m) situé en Italie. C'est l'heure de s'équiper... On ressent les effets de l'altitude, les gestes sont moins précis, il faut se concentrer un peu plus pour enfiler le baudrier, les guêtres, les crampons.
Je suis prête à descendre sur le glacier du Géant. Il ne reste qu'à s'encorder.
C'est une belle course, agréable... La descente est pentue puis nous retrouvons un peu de plat avant une grande montée...Nous découvrons quelques trous de neige à notre passage... Nous nous enfonçons jusqu'aux cuisses, la progression est éreintante, avec autant de profondeur.
13H30, Au sommet de la pente, un plateau s'étend devant nous, c'est enfin l'heure de déjeuner... Le temps se couvre soudain... Nous sommes en plein brouillard en quelques minutes ! Afin d'éviter de tomber dans une crevasse sous un pont de neige qui cèderait, nous ne resterons là qu'un petit quart d'heure pour un en-cas, à quelques mètres les uns des autres (le poids doit être réparti par sécurité), toujours encordés... Ca c'est un pique-nique pas comme les autres !
Il est temps de rentrer au plus vite, le mauvais temps se confirme, on peut se perdre facilement quand la visibilité disparaît sur un glacier aussi étendu. Le retour est délicat, la longue montée nous essouffle... 
Enfin nous voici au refuge où nous terminerons le déjeuner avec grand plaisir sur le toit aménagé... Il ne fait pas très chaud... Nous reprenons "les oeufs" pour retourner vers le côté français du glacier. La télécabine est encore moins rassurante dans le brouillard !
Nous apercevons au loin les abords de la falaise, au fond du cirque glaciaire où nous étions il y a quelques heures...
Jeudi : Départ pour deux jours en montagne. Direction la Suisse, nous partons pour la Cabane d'Orny (2811m). Après une courte montée en téléphérique, nous empruntons le sentier qui monte tranquillement à flanc de montagne. Nous nous arrêtons déjeuner au pied d'un névé avant de prendre un sentier plus pentu qui nous amènera jusqu'au refuge.
Une petite halte au lac d'Orny...magnifique, et nous apercevons déjà la Cabane et le glacier d'Orny.
 Cette fois, ce sont les derniers mètres, tant mieux, ma cheville me fait toujours souffrir, il est temps d'arriver et de profiter des paysages qui s'offrent à nous ! Demain, nous emprunterons le glacier et passerons par dessus les deux bosses qu'on aperçoit au loin.
Le refuge est très confortable, tout en bois, nous sommes seuls, c'est un vrai plaisir d'être là.
Vendredi : Après une bonne nuit de sommeil, lever à 6h et départ à 7h... Le temps est très couvert...
Après la séance habituelle d'encordement, nous voilà partis sur le glacier d'Orny, en direction du Col Droit à 3325m. La montée se fait en partie dans le brouillard, la neige n'est pas très stable, la progression est lente, le guide teste chaque pas avec le piolet pour éviter les crevasses dissimulées sous la neige. De temps à autre le brouillard se disperse et nous laisse apercevoir quelques falaises.
Nous arrivons au Col, après une petite descente brutale dans la neige... Au moment où je pose mon pied dans la trace du guide, la neige cède et je m'enfonce jusqu'à la cuisse et je me retrouve le nez au sol ! bel atterrissage ! c'est froid ! Et tout le monde rit de bon coeur ! A votre tour...Allez, nous voici au col. C'est toujours agréable d'arriver sur un sommet rocher même si les nuages ont du mal à se dégager. Nous ne resterons pas trop longtemps, le col est une succession de petites arêtes très effilées, seul endroit pour s'asseoir... pas très confortable !
A la descente, le temps est toujours couvert, nous nous retrouvons sur le glacier immense couvert de neige... Je suis encordée à trois avec le guide, en deuxième position... quand soudain... je le vois disparaître devant mes yeux... une crevasse s'est ouverte sous ses pas, il est tombé ! panique, je me sens attirée moi-aussi vers le trou... Derrière, la deuxième cordée nous retient en s'encordant avec nous, et en tirant en sens inverse... je m'accroupis au sol, plante le piolet et m'aggrippe de toutes mes forces... Enfin, je sens que ça tient !... Silence, pas un bruit... J'appelle le guide... pas de réponse... Les minutes qui suivent me paraîtront une éternité... Et enfin... il nous indique qu'il est toujours en vie, en équilibre sur un petit ressaut de glace, mais son piolet est tombé plus bas, il faut lui donner du mou sur la corde pour qu'il puisse le récupérer avant de pouvoir remonter... Nous écoutons ses conseils avec précision, son poids nous tire vers le bas, nous résistons et enfin, le voilà qui réapparaît... Quel soulagement !
Lui aussi s'est fait une belle peur, il était persuadé que j'allais être emportée avec lui dans la foulée ! Et non... j'aurais tout fait pour ne pas le suivre !!! L'idée de m'accrocher au piolet planté dans la neige s'est révélée très bonne !
Le temps se gâte à nouveau, nous décidons de redescendre, plus personne n'a envie de grimper la falaise en face comme prévu initialement. Nous redescendons sous une tempête de neige... De retour au refuge, un bon pique-nique nous attend... Que d'émotions !

Cette semaine a été vraiment incroyable, un groupe très sympa, de belles découvertes de glaciers et paysages merveilleux... Le temps aurait pu être meilleur, mais on en a quand même bien profité !